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ustice internationale : Laurent Gbagbo et Blé Goudé acquittés par la CPI Les victimes crient leur colère et leur déception

ustice internationale : Laurent Gbagbo et Blé Goudé acquittés par la CPI Les victimes crient leur colère et leur déception
Publié le : 17/01/2019 commentaire(s) (0)

Le Front populaire ivoirien (FPI) et ses militants et sympathisants peuvent pousser un ouf de soulagement. Laurent Koudou Gbagbo, ancien président ivoirien, et Charles Blé Goudé, l'ex-leader des Jeunes Patriotes, après l'annonce mardi dernier de leur acquittement par la Cour pénale internationale (CPI), ont enfin obtenu hier mercredi le rejet de leur maintien en détention. A l'annonce de cette nouvelle, les victimes de 2011 ont crié leur colère et leur déception. Cette affaire devrait désormais prendre une nouvelle tournure puisqu'il est serait question de traquer les vrais coupables…  

Hier mercredi, les juges de la CPI ont estimé que l'ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, et l'ex-chef des Jeunes Patriotes, Charles Blé Goudé, devraient être acquittés des charges qui pèsent contre eux. L'annonce a été faite à La Haye, par la Chambre de première instance de la Cour pénale internationale. En cas de procès en appel, les deux hommes devraient à nouveau comparaître au siège de la CPI.

Selon le juge-président de la CPI, Cuno Tarfusser : " A la majorité, la Chambre (...) rejette la requête présentée par le procureur de maintenir M. Gbagbo et M. Blé Goudé (ex-chef du mouvement des Jeunes patriotes) en détention et demande au greffe d'obtenir les assurances nécessaires auprès de MM. Gbagbo et Blé Goudé et de leurs conseils respectifs pour garantir le retour de M. Gbagbo et de M. Blé Goudé si et au moment où leur présence au siège de la Cour serait requise … ".

Même si pour les procureurs, il existe des " raisons exceptionnelles " de s'opposer à la libération inconditionnelle de Laurent Gbagbo et de Blé Goudé, craignant qu'ils refusent de se présenter devant la Cour en cas de procès en appel, la décision de leur libération a été officialisée.

A Abidjan, c'est la ferveur à l'annonce de la libération des deux hommes. Pour le secrétaire général du FPI, Assoa Adou, " (…) Voilà huit ans que nous courrons après la vérité mais aujourd'hui, la joie reprend la place parce que nous venons de faire un grand pas vers la réconciliation nationale ".

Toute la journée de mardi, ainsi qu'une bonne partie de la nuit, Yopougon, immense commune de l'ouest d'Abidjan réputée acquise à l'ancien président, a vibré pour célébrer la décision de la CPI. On se rappelle qu'à la mi-décembre, une rumeur sur la libération de M. Gbagbo avait jeté des dizaines de milliers d'habitants dans les rues.

Alors que l'épouse de l'ex-chef d'Etat ivoirien " rend gloire à Dieu " pour justice rendue à son époux éloigné des siens durant ces huit longues années, les partisans de Gbagbo ont, eux, un maître-mot : la réconciliation, après que leur leader ait surmonté le plus dur, car disent-ils, l'ex-président est le " chaînon manquant " d''une réconciliation qui n'a pas eu lieu depuis 2011.

A ce sujet, Hubert Ouslaye, ancien ministre de Gbagbo souligne : " C'est lui qui a souffert. Et c'est lui qui doit pardonner. Ceux qui ont échoué n'avaient pas la volonté de réussir. Parce que, pour eux, faire la réconciliation signifie beaucoup de choses. Signifie reconnaître les faits qui sont très graves ! ".

Et le numéro 1 du FPI, Pascal Affi N'Guessan, voit à travers la libération de son " champion " Laurent Gbagbo un signe fort pour le retour de leur parti au pouvoir en 2020. Pour le candidat malheureux à la dernière présidentielle, l'acquittement de Laurent Gbagbo crée en effet " toutes les conditions de l'unité, parce que plus que jamais, la possibilité de revenir au pouvoir en 2020 est forte ".

L'actuel président du parti se dit prêt à rendre à Gbagbo son poste : " Le président Gbagbo n'était pas le président du FPI en 2010-2011. Cela fait 17 ans que je suis à la tête de ce parti. S'il pense que c'est en étant président du FPI que nous pouvons reconquérir le pouvoir en 2020, rien ne s'oppose à cela. ".  

Colère et déception pour les victimes

L'annonce de la libération de Laurent Gbagbao et Blé Goudé a provoqué des scènes de liesse dans plusieurs villes du pays, notamment à Gagnoa, à Yopougon, commune d'Abidjan. Cette joie contagieuse contraste avec la déception des victimes de la crise postélectorale de 2010-2011.

A l'annonce de cette nouvelle, une cascade d'émotions entre déception, tristesse et colère a envahi une dizaine de victimes entre autres des violences de la crise postélectorale de 2010-2011, réunies au quartier d'affaires du Plateau, devant la tour abritant les bureaux de la ministre chargée de leur indemnisation. Elles s'interrogent sur les auteurs de leur agression et demandent justice d'autant plus que les compensations financières promises n'ont jamais été satisfaites.

Le président du Collectif des victimes de Côte d'Ivoire, Issiaka Diaby, dénonce une Cour pénale internationale incapable de lutter contre l'impunité. " Les crimes commis en 1995 n'ont pas eu de suite judiciaire... Les crimes commis en 2000, encore 3 000 morts… En 2010, il n'y a pas eu de suite judiciaire... Les politiques et les bras armés vont encore mieux peaufiner leurs plans pour placer les Ivoiriens en victimes ", a-t-il dénoncé.

" Nous, on s'est dit, maintenant : qui est à la base de ce qui nous est arrivé ? Qui est fautif ? Qui nous a tués, questionne le jeune homme. Vraiment je suis écœuré parce qu'avec ce qu'elle vient de faire, la CPI n'a pas rendu justice. On ne comprend pas cette justice-là ", s'indigne Karim Coulibaly, amputé d'une jambe après une blessure par balle.

Dame Philomène Drouo, veuve depuis la mort tragique de son époux lors de la crise, exprime son indignation et réclame que justice soit faite. " On ne veut pas tout perdre. Ceux qui ont posé les actes, eux, aujourd'hui sont libérés. C'est nous qui souffrons. Nous ne sommes pas d'accord. On veut qu'il y ait de la justice (…) On n'a rien reçu et jusqu'à aujourd'hui, on ne voit rien venir. On nous mène en bateau.", a-t-elle clamé.

Pour l'heure, Laurent Gbagbo devrait quitter sa cellule de Scheveningen dès l'annonce de sa libération et devra regagner son pays bientôt. L'acquittement et la remise en liberté immédiate annoncés par le juge Cuno Tarfusser constituent une victoire définitive.

Comment ne pas envisager en effet qu'en ramenant en Côte d'Ivoire le dernier des trois protagonistes de la crise de 2010-2011, tout cela ne recommence pas ? Dans l'équation : l'échéance cruciale de 2020, autour de laquelle tourne déjà toute la vie politique ivoirienne actuelle.

Aux dernières nouvelles, le procureur a fait appel de cette décision et demande à ce que cet appel soit suspensif. La Chambre d’appel devrait maintenant se réunir assez rapidement pour dire si la libération ordonnée cet après-midi doit être ou non suspendue.

Mamadou Touré, le ministre ivoirien de la Promotion de la jeunesse, invité Afrique matin, affirme que la Belgique a accepté d'accueillir Laurent Gbagbo.

JPB avec rfi.fr

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