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Interview : L'honorable YAHAYA ZOUNGRANA se prononce sur le Code Pénal, la presse et le dialogue politique au Burkina Faso

Interview  : L'honorable YAHAYA ZOUNGRANA se prononce sur le Code Pénal, la presse et le dialogue politique au Burkina Faso
Publié le : 22/08/2019 commentaire(s) (0)

Dans une interview accordée à votre journal, Chronique de la semaine, l’honorable Yahaya Zoungrana se prononce sur le code pénal voté en mai 2018 et les circonstances dans lesquelles, le projet d’amendement de cette loi a été voté au parlement. L’élu du peuple burkinabè qui, au passage évoque les réactions suscitées par l’événement au sein des organisations de presse, se dit convaincu que les députés burkinabè n’avaient pas voté mécaniquement ce projet de loi parce qu’introduit par le gouvernement mais avaient agi par une intime conviction. Pour ce qui est de la conformité de cette loi à la constitution, Yahaya Zoungrana s’est contenté de déplorer l’attitude du président du Burkina Faso qui n’a pas cru devoir attendre l’avis du Conseil constitutionnel avant de passer à la promulgation. Par ailleurs, il s’est félicité de la reprise du dialogue politique dans le même temps qu’il se montre favorable au processus de réconciliation entre les fils du Faso qui doit rendre ce pays habitable. Pour plus de détails, nous publions pour nos lecteurs, l’intégralité de cette interview qui édifie sur l’actualité politique du Pays des Hommes Intègres.  

Chronique de la Semaine :
Bonjour honorable Yahaya ZOUNGRANA, vous être député de l’opposition à l’Assemblée nationale. Quelles sont vos impressions sur le Code pénal voté tout dernièrement ?

Honorable Yahaya ZOUNGRANA : Il faut préciser qu’il s’agit d’une modification d’une loi portant Code Pénal qui a été votée déjà en mai 2018. C’est certainement l’actualité sur le phénomène du terrorisme qui a amené le gouvernement à revenir un (01) an après avec un autre projet d’amendement de la loi qui existait déjà. Il faut rappeler que cette loi a été votée lors de la session extraordinaire. Session extraordinaire, c’est toujours une session à durer limitée c’est-à-dire deux semaines. Le temps consacré effectivement pour l’examen de ce projet de loi a été très court et n’a pas permis à la commission qui est en charge d’examiner ce projet de loi si bien que le matin du vote de la loi le 21 juillet 2019, l’Assemblée Nationale a été envahie par les organisations de presse qui estimaient que cette loi ne devait pas être votée. Notre statut de député de l’opposition nous permettait tout de même de plaider leur cause quand bien même que leur lettre est arrivée tardivement. Il était tout à fait normal dans la procédure de l’adoption de la loi que les acteurs soient entendus par la commission avant la plénière. Malheureusement cette étape a été complètement ratée. ‘Voilà, on prend une décision, on vote une loi et les acteurs eux-mêmes n’ont pas été associés’, c’est ça le principal grief. La loi est très imprécise. Une loi doit être précise pour que le juge qui va devoir l’appliquer n’ait pas une marge de manœuvre d’interprétations conflictuelles. Ce sont des aspects d’insuffisances qui militaient à ce que cette loi soit retirée et soit enrôlée lors de la prochaine session du mois de septembre 2019 où nous aurions eu plus de temps pour débattre et entendre les acteurs concernés.  

Mais pensez-vous que les hommes de médias font du mauvais procès aux députés qui ont voté cette loi ?
Vous saviez que le vote est libre, les députés qui sont convaincus que cette loi permet de régler un problème, ils vont la voter, c’est leur droit peut-être eux, ils sont convaincus et j’espère qu’ils n’ont pas voté mécaniquement parce que c’est le gouvernement qui l’a amené. Si c’était ainsi effectivement le procès serait justifié. Mais, j’espère qu’ils ont voté en leur âme et conscience  et qu’ils sont convaincus que ce projet de loi qui est devenu une loi doit permettre de régler un problème.  

Le conseil constitutionnel a jugé cette loi conforme à la constitution, le 22 juillet 2019, quelle appréciation faites-vous
 ?

Il faut noter que la décision du conseil constitutionnel est tombée après la ratification par le chef de l’Etat Burkinabè, la promulgation par le chef de l’Etat. C’est ça qui est un acte très majeur à marquer d’une pierre blanche. A partir du moment où le conseil constitutionnel s’est autosaisi, je pense qu’il était bien indiqué pour le chef de l’Etat de patienter et attendre l’avis du conseil constitutionnel. Ce qui n’a pas été fait. Mais moi, député de l’opposition, cela ne m’a pas surpris parce que je me rappelle que lors du vote du Code Electoral nous, députés de l’opposition avons déposé un recours pour demander à ce qu’on retire cette loi ; mais le chef de l’Etat a promulgué la loi le 16 août 2018 et le conseil constitutionnel a rendu sa décision le 17 août 2018. Ce qui veut dire que le chef de l’Etat n’avait pas jugé utile d’attendre la décision du Conseil constitutionnel et c’est sous ce régime qu’on nous parle des institutions fortes, le respect des institutions et si le premier responsable du pays lui-même ne respecte pas le Conseil Constitutionnel, je pense que là c’est un acte qui est en porte-à-faux avec ce que l’on dit.  

Aujourd’hui, le dialogue politique est un sujet d’actualité. Que pensez-vous des démarches
 ?

Nous avons salué en tant que membre de l’opposition, la reprise du dialogue politique. C’était déjà très bien qu’enfin le pouvoir cherche à rencontrer l’opposition de façon formelle. Ce qui est bien aussi, c’est que nous avions en tant qu’opposant introduit des préalables et l’un de ces préalables a été obtenu.Nous avons souhaité qu’il y ait un comité de suivi de ce qui aurait été décidé et nous l’avons obtenu. Cela fait partie de nos victoires. Maintenant dans le fond, les décisions qui sont sorties, moi personnellement je suis resté sur ma faim parce que l’on s’attendait à ce que cette réunion qui a pu enfin avoir lieu, puisse donner des éléments de solutions à ce que nous vivions dans tous les secteurs.Que ça soit le secteur de la sécurité, du terrorisme ; que ça soit le secteur du front social ou sur le Code Electoral. On s’attendait à ce que les décisions soient prises. On est plutôt sorti avec des orientations pour prendre des décisions. Quand on dit par exemple qu’on doit chercher à savoir les causes de l’incivisme pour un dialogue politique, le résultat c’est comme si la montagne a accouché d’une souris. Je pense que ça peut contribuer à un apaisement sur le  plan des attaques politiques envers le pouvoir. C’est d’ailleurs pour ça que la presse dit que ce sont des résultats qui arrangent le président du Faso. Sinon moi, je m’attendais plutôt à des décisions plus profondes.  

En tant que membre de la CODER, quel rôle joue le CDP pour les questions de la réconciliation nationale ?

Pour la réconciliation nationale, souvenez-vous que le CDP a commencé à en parler dès 2016. Mais le pouvoir MPP  qui était encore un peu sur les nuages suite à sa victoire en 2015, considère ceux qui parlent de réconciliation nationale comme des rêveurs, des mauvais perdants qui veulent exagérer la situation du pays. Mais on voit aujourd’hui que la réconciliation nationale est un concept qui est accepté des deux camps. Nous ne sommes plus le mouton à cinq pattes avec une queue noire comme on nous voyait en 2016, nous qui parlons de la réconciliation. Maintenant en 2019, il y a urgence qu’il y ait réconciliation. La case qui est lézardée, les habitants ne doivent pas être surpris qu’il y ait des reptiles à l’intérieur. Il faut cependant rapidement réparer la case, chasser les reptiles afin que la maison soit habitable. C’est ça le rôle de la réconciliation nationale que nous attendions toujours. Merci à l’équipe de Chronique de la Semaine pour cette interview qui nous permet de nous faire entendre sur les sujets d’actualité au Burkina Faso et d’informer les compatriotes.  

Interview réalisée par NADIE Aquime
Communicateur Politique 

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